Pakistan’s Azm-e-Istehkam Operation: Old Wine in a New Bottle?

L’opération Azm-e-Istehkam au Pakistan : du vieux vin dans une nouvelle bouteille ?

Le 23 juin, le Pakistan a annoncé une nouvelle opération militaire, Azm-e-Istehkam (Détermination pour la stabilité), pour relancer sa campagne antiterroriste dans un contexte de montée de la violence militante en provenance de l’Afghanistan voisin. Le gouvernement de Shehbaz Sharif a annoncé que la nouvelle opération ne serait pas une campagne cinétique à grande échelle qui déplacerait un grand nombre de personnes comme l’opération Zarb-e-Azb. Il s’agirait plutôt de la continuation des opérations en cours basées sur le renseignement, qui seront accélérées grâce à une meilleure coordination et coopération inter-agences.

Azm-e-Istehkam comporte deux volets principaux, cinétique et diplomatique. Dans le cadre du volet cinétique, les efforts opérationnels viseront à démanteler les réseaux terroristes. Le volet diplomatique se concentrera sur la mise en place de pressions sur le régime taliban pour qu'il cesse d'abriter le Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP) et pour qu'il développe une approche régionale.

À l’exception des opérations Rah-e-Rast, Rah-e-Nijat et Zarb-e-Azb, les campagnes cinétiques du Pakistan n’ont pas permis de réaliser des progrès irréversibles contre les réseaux extrémistes. Elles n’ont pas réussi à s’attaquer aux causes profondes qui ont déclenché la violence militante.

Comme son prédécesseur Radd-ul-Fasaad, Azm-e-Istehkam soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. C’est comme un vieux vin dans une nouvelle bouteille, où une nouvelle nomenclature a été ajoutée à une longue liste d’opérations militaires qui visaient également à éliminer le terrorisme.

L'opération Azm-e-Istehkam diffère toutefois des opérations militaires précédentes à plusieurs égards. Tout d'abord, elle a été annoncée dans un contexte où les États-Unis ont quitté l'Afghanistan et où il n'existe aucun financement international disponible pour les campagnes de lutte contre le terrorisme. Pour un Pakistan à court d'argent, qui survit grâce aux plans de sauvetage du Fonds monétaire international (FMI), financer une nouvelle campagne cinétique va être une tâche ardue.

Deuxièmement, alors que dans les opérations précédentes, les réseaux terroristes opéraient depuis le Pakistan, ils sont désormais basés en Afghanistan et en Iran. Par conséquent, quelle que soit l’efficacité des opérations locales, tant que les sanctuaires terroristes en Iran et en Afghanistan ne seront pas éliminés, le terrorisme persistera sous une forme ou une autre.

Troisièmement, l’opération a été annoncée à un moment où le système politique pakistanais est polarisé et où le fossé entre l’État et la société est alarmant. Cette situation va entraver les efforts du gouvernement pour forger un consensus national contre l’extrémisme violent. Le Pakistan Tehreek-e-Insaaf (PTI) et le Jamiat Ulema-e-Islam Fazal (JUIF), les deux principaux partis politiques du Khyber Pakhtunkhwa, la province la plus touchée par le militantisme, se sont déjà opposés à l’opération militaire, craignant des déplacements de population à grande échelle. Ils ont exhorté le gouvernement à privilégier les solutions politiques plutôt que militaires pour mettre fin au militantisme au Pakistan.

Quatrièmement, la phase actuelle du militantisme au Pakistan diffère sensiblement de ses précédentes itérations sur le plan idéologique, opérationnel et stratégique. La prise de pouvoir par les talibans a eu un effet rajeunissant sur des groupes comme le TTP, qui a restructuré son cadre organisationnel et ses tactiques selon le modèle d'insurrection des talibans. Ces changements ont transformé le visage du militantisme au Pakistan, ce qui nécessite une approche générationnelle pour rétablir la paix et la stabilité.

Enfin, le Pakistan a déjà lancé plusieurs initiatives de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, qui semblaient très complètes sur le papier, mais dont la mise en œuvre lacunaire a nui à leur efficacité. Le Pakistan traverse actuellement une période politique turbulente et son économie est en plein marasme. Dans ce contexte, une mise en œuvre judicieuse de l’Azm-e-Istehkam semble difficile. Le Pakistan manque de volonté politique et des moyens institutionnels nécessaires pour lutter efficacement contre le militantisme.

Sur le plan diplomatique, le Pakistan ne bénéficiera que d’un soutien intangible de la part des pays de la région, qui voient dans l’Afghanistan contrôlé par les talibans une opportunité plutôt qu’un défi. Par exemple, la Chine a noué des liens étroits avec le régime taliban, a investi dans les secteurs de l’énergie et des mines et étudie de nouvelles possibilités d’investissement en Afghanistan. De même, la Russie envisage de retirer les talibans de sa liste des groupes terroristes et d’établir des relations diplomatiques complètes avec l’Afghanistan. Dans ce contexte, le Pakistan est le seul pays de la région à avoir souffert de la prise de contrôle de l’Afghanistan par les talibans. Le Pakistan bénéficiera donc de la sympathie et d’une déclaration de soutien des États de la région partageant les mêmes idées, mais aucun soutien matériel ni aucune approche régionale commune de lutte contre le terrorisme ne sont probables.

En outre, le TTP n’est que l’un des trois groupes terroristes qui compromettent la paix et la stabilité intérieures du Pakistan. Même si Azm-e-Istehkam parvient d’une manière ou d’une autre à neutraliser la menace du TTP, les groupes séparatistes baloutches opérant principalement depuis l’Iran et l’État islamique du Khorasan (ISK), dont le réseau s’étend en Afghanistan et en Asie centrale, resteront un puissant défi sécuritaire pour le Pakistan.

La menace terroriste au Pakistan est diverse, multiforme et multi-acteurs. Dans cette optique, plutôt que d'éliminer le terrorisme, les initiatives politiques du Pakistan devraient se concentrer sur l'affaiblissement de l'attrait des idéologies extrémistes pour provoquer un changement dans la société. À cette fin, il sera important de favoriser une culture démocratique solide, la coexistence pacifique, l'harmonie interconfessionnelle et la pensée critique.

Malheureusement, le sort de l’opération Azm-e-Istehkam ne sera pas différent de celui des opérations militaires précédentes. Elle se caractérise par une rhétorique tonitruante, mais par une absence de contenu et n’offre rien de concret pour endiguer la montée du militantisme au Pakistan.

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