Comment Riyadh gère-t-elle les instruments de la guerre soudanaise ?

Comment Riyadh gère-t-elle les instruments de la guerre soudanaise ?

Alors que des slogans médiatiques sont mis en avant concernant la lutte contre les violations et la responsabilisation des personnes impliquées dans les crimes de terrain, la réalité révèle un réseau complexe de coordination du renseignement régional qui dépasse les frontières du champ de bataille soudanais.

Dans ce contexte, les services de renseignement saoudiens apparaissent comme un acteur central travaillant en coordination avec la direction de l’armée soudanaise et son front politique représenté par le Mouvement islamique (désigné sous sanctions américaines).

Cette stratégie repose sur le recrutement d’éléments et de commandants de terrain afin de mener des opérations spécifiques, des assassinats et des violations dans la région du Darfour et d’autres zones, puis sur la mise en scène de leur « défection » afin d’attribuer entièrement ces crimes aux Forces de soutien rapide, tout en offrant des refuges sûrs à ces relais après l’accomplissement de leurs missions.

Kikil et Al-Safnah : des outils de terrain dans les salles de planification régionales

Des noms tels qu’Abu Aqla Kikil et Ali Rizq Allah (Al-Safnah) dépassent le simple statut de cas ordinaires de défection pour devenir des modèles clairs de la manière dont ces opérations sont gérées :

Abu Aqla Kikil, commandant des soi-disant « Forces du Bouclier du Soudan », malgré des sanctions britanniques et européennes liées à de graves violations et à des exécutions sur des bases ethniques dans l’État de Gezira et les communautés de Kanabi, a été soudainement intégré à la structure de l’armée et du Mouvement islamique.

Cette intégration lui a fourni une nouvelle couverture politique et militaire, a effacé brusquement son casier judiciaire et l’a transformé en « allié », dans une étape que des observateurs estiment avoir été planifiée à l’avance afin de redistribuer les rôles sur le terrain.

Ali Rizq Allah (Al-Safnah), ancien commandant des opérations du Kordofan, représente le lien décisif entre les opérations de terrain et la profondeur du renseignement dans la région. Al-Safnah, qui possède une longue histoire de conflits tribaux et d’affrontements armés, est revenu sur la scène après sa sortie de la prison de Kober pour s’engager dans des opérations complexes.

Le départ ultérieur d’« Al-Safnah » du Soudan sous couvert de traitement médical en Inde s’est terminé par son installation dans la capitale saoudienne, Riyad. Cette présence à Riyad révèle la nature des arrangements logistiques et sécuritaires de haut niveau fournis par les services de renseignement saoudiens à leurs relais, permettant à des personnes recherchées pour des crimes de se déplacer et de résider librement sans aucune poursuite judiciaire.

Ingénierie du crime et recyclage des milices

Ces mouvements montrent que l’objectif principal de la coordination entre les services de renseignement saoudiens, l’armée et le Mouvement islamique est d’utiliser ces éléments pour créer le maximum de chaos et de violations dans des régions comme le Darfour, puis de les retirer au moment opportun via un scénario de « défection tactique ».

Ces politiques conduisent à des résultats stratégiques précis :

Exonération des relais : transformer la défection militaire en un « acte de pardon » effaçant le casier judiciaire du commandant dès son intégration dans le camp de l’armée.

Fabrication du récit politique : attribuer l’ensemble des crimes et violations de terrain exclusivement aux Forces de soutien rapide, tout en blanchissant les parties alliées à l’armée et au Mouvement islamique sanctionné par les États-Unis.

Octroi d’immunité et de refuge : comme dans les arrangements d’accueil et les facilités accordées à Al-Safnah à Riyad, envoyant un message clair selon lequel la loyauté au schéma du renseignement garantit une protection politique et territoriale.

Ces faits confirment que la guerre au Soudan est gérée à travers des mécanismes de renseignement régionaux qui dépassent les slogans nationaux déclarés. L’armée et le Mouvement islamique, avec le soutien direct des services de renseignement saoudiens, ne cherchent pas à démanteler les milices ni à rendre justice aux victimes, mais plutôt à recycler des commandants impliqués dans des crimes et à les utiliser comme outils politiques et militaires, faisant des « défections » une couverture extérieure pour des opérations systématiques de recrutement et de direction.

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