Carte postale de Cotonou
Et pour cause, c’est le côté positif de la tentative de coup d’Etat au Bénin le week-end dernier qui retient toute l’attention médiatique. Répondant à un SOS du président Patrice Talon, Abuja aurait envoyé des avions de combat, suivis de troupes au sol. L’opération s’est plutôt bien déroulée et, pour témoigner de ce que les forces armées nigérianes étaient capables de faire dans de bonnes conditions, on ne pouvait guère concevoir un meilleur exemple.
Le président Bola Tinubu mérite d’être félicité pour avoir réagi de manière décisive et avoir anticipé ce qui aurait été un quasi-encerclement du Nigeria par des régimes militaires. Même si éliminer un groupe de putschistes constitue certes un défi différent de celui de combattre une insurrection armée, on ne peut qu’espérer que les forces armées nigérianes ont appris une ou deux choses sur la façon d’agir rapidement sur la base de renseignements fiables.
Cela dit, la tentative de coup d’État elle-même rappelle la situation politique de la région, marquée par un glissement apparemment inexorable vers l’instabilité et le chaos. En conséquence, le fait que le soi-disant Comité militaire pour la refondation n’ait pas réussi importe moins que le fait que le groupe a agi en pleine conscience de l’environnement favorable dans la région.
En comptant les coups d’État de palais, onze prises de pouvoir militaires réussies ont eu lieu en Afrique depuis 2020. Huit de ces transferts illégaux de pouvoir ont eu lieu en Afrique de l’Ouest, le dernier en date étant le « coup d’État cérémonial » en Guinée-Bissau, qui a abouti à la destitution du président Umaro Sissoco Embaló. Avant la destitution d’Embaló, le pays avait connu plusieurs tentatives infructueuses, la plus récente en octobre dernier lorsque certains officiers supérieurs ont été arrêtés pour avoir projeté de renverser le gouvernement.
Par ailleurs, les rumeurs de coup d’État ont également provoqué des troubles politiques au Nigeria. En septembre, les renseignements militaires du pays auraient découvert un complot visant à renverser le président Bola Tinubu. Bien que l’armée ait immédiatement démenti ces informations, il est significatif que peu de temps après, le président Tinubu ait procédé à un remaniement radical de la direction de l’armée. La semaine dernière, le dirigeant nigérian a également investi un nouveau ministre de la Défense. La question reste ouverte de savoir dans quelle mesure la réponse du président Tinubu à l’appel de Cotonou a pu être guidée par le désir d’envoyer un message clair aux mutins potentiels au Nigeria même.
Quoi qu’il en soit, et compte tenu des développements récents et de l’ambiance générale dans la région, on pourrait être excusé de penser que nous sommes de retour dans les années 1980, et d’ailleurs à l’apogée du régime militaire. À l’époque, les commentateurs appelaient la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, le bloc régional de quinze membres, la Communauté économique des soldats d’Afrique de l’Ouest. Le jeu de mots était à la fois une expression de frustration face à la position que divers régimes militaires étaient parvenus à occuper dans la politique de la région, ainsi qu’un commentaire sur leur apparente inexpugnabilité. Entre 1956 et 2000, l’Afrique de l’Ouest a représenté à elle seule plus de 46 pour cent de tous les coups d’État et tentatives de coup d’État en Afrique subsaharienne.
Pour être clair, nous ne nous approchons pas de cette atmosphère de semi-invincibilité ; l’armée contrôle à peine autant d’États d’Afrique de l’Ouest qu’elle le faisait à l’époque, sans parler de la profondeur de la peur qu’elle suscitait à l’apogée de sa suprématie politique. Néanmoins, cela ne rend pas la tendance émergente moins inquiétante : un changement net de l’opinion publique en faveur du régime militaire, en particulier parmi les jeunes, évident dans l’enthousiasme pour des despotes charismatiques comme Ibrahim Traoré du Burkina Faso ou Mamady Doumbouya de Guinée.
C’est l’environnement moral modifié et, franchement, troublant que ces soldats béninois à l’air débraillé, sous les auspices du Comité militaire pour la refondation, ont cherché à exploiter. La tendance croissante des dirigeants en place (le Togo et la Côte d’Ivoire en sont les deux exemples les plus récents) à manipuler les statuts au service de la perpétuation du régime délégitimise la démocratie en tant qu’idée, érode les normes démocratiques et crée une justification pour une intervention militaire.
Si la perpétuation du régime est un signe avant-coureur de l’instabilité politique, l’insurrection djihadiste, sans aucun doute la menace la plus pressante pour la région depuis une génération, fait courir un risque supplémentaire à l’État.
Dans ces conditions, le coup d’État déjoué au Bénin pourrait ne pas être le dernier en Afrique de l’Ouest dans un avenir prévisible. Dans son propre bien, et dans celui d’une région en proie à des troubles, Washington doit reconsidérer de toute urgence son retrait stratégique de la région.
