Politique étrangère cérémoniale
Le président de la République démocratique du Congo Félix Tshisekedi et le président du Rwanda Paul Kagame doivent signer un accord de paix à Washington le 4 décembre. L’administration Trump qualifie cette signature de triomphe diplomatique historique. Malheureusement, cela semble être le triomphe d’un vœu pieux.
L’intérêt des États-Unis pour l’Afrique centrale (et la richesse de la région en minéraux essentiels) a suscité une attention louable sur l’insécurité chronique de la région et une série de réunions et d’accords ces derniers mois. Washington s’est concentré sur les pourparlers entre les gouvernements du Rwanda et de la RDC, dirigeant la signature d’une Déclaration de principes en avril, d’un « Accord de paix » en juin et d’un cadre d’intégration économique régionale en novembre. Le Qatar, agissant en tant que partenaire de paix des États-Unis, a accueilli les dirigeants congolais et les dirigeants du mouvement rebelle M23 soutenu par le Rwanda pour la signature de leur propre Déclaration de principes en juillet et du « cadre » de paix en novembre.
Mais très peu de choses ont changé suite à ces nombreux accords, soulevant de réelles questions sur ce qui sera différent après le 4 décembre. Sur le terrain, la violence persiste et les civils continuent de souffrir tandis que les deux camps commettent des atrocités. Le M23 et les forces alliées continuent de se heurter aux services de sécurité congolais et à leurs partisans. Une partie importante du territoire de l’est du Congo reste contrôlée et administrée par le M23. Les forces rwandaises restent au Congo. Les moteurs du conflit – les intérêts économiques rwandais et les inquiétudes concernant les insurgés ayant des liens avec les génocidaires de 1994, l’absence d’autorités étatiques légitimes et compétentes, les conflits liés aux terres et aux ressources et les conflits communautaires – restent inchangés.
De plus, tant en RDC qu’au Rwanda, la température rhétorique monte. Plutôt que d’instaurer une confiance durement gagnée, la série de cérémonies de signature n’a fait qu’accroître les soupçons, alors que des interprétations contradictoires des accords, des différends sur la séquence et des violations pures et simples ont aigri l’atmosphère. Le président Tshisekedi a rejeté les appels à un dialogue national pour résoudre la crise de gouvernance du pays et continue d’attiser le sentiment anti-rwandais pour étayer sa propre position politiquement vulnérable. Le président Kagame a exprimé son scepticisme quant à l’engagement de Kinshasa. Les forces de sécurité congolaises et le M23 se sont accusés mutuellement de violations du cessez-le-feu ces derniers jours. Les conditions atmosphériques dans la région ne suggèrent pas qu’une nouvelle aube soit proche.
Enfin, la simplification radicale à l’extrême de la crise dans l’est du Congo par l’administration Trump ouvre la voie à une déception. De très nombreux groupes armés opèrent dans la région, y compris des forces d’autres États voisins, qui ont leurs propres programmes sécuritaires et économiques.
En donnant aux dirigeants des occasions répétées de signer des accords qui n’ont guère eu de sens dans la pratique, Washington et le Qatar risquent de priver ces dirigeants de toute responsabilité réelle. Leur participation à ces charades diplomatiques les aide à échapper aux critiques et aux pressions alors même que les massacres, les violences sexuelles massives, la contrebande, la corruption et la crise humanitaire persistent. La soif de paix des États-Unis doit évoluer vers une soif de paix réelle.
